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A la Une de l’ANENA

Une photo sympa by Nico à la Une de la dernière revue de l’ANENA : une avalanche d’été à la Tête des Fétoules, prise en montant à la Bérarde en fin d’une belle journée de pleine lune, le 2 juin dernier…

C’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir le travail de cette association en terme de prévention du risque d’avalanches, presque voisine de palier de mes années d’étudiant grenoblois !

Techniques : quelques idées sur la neige et les avalanches

 

Texte tiré des formations Neige et Avalanches FFCAM, commission nationale des sports de neige. infos+ www.ffcam.fr et www.anena.org

Répondre par vrai ou faux aux idées suivantes, puis filez voir les réponses…

1- Le froid consolide la neige.

2- Quand il y a peu de neige, on ne risque rien.

3- Il n’a pas neigé depuis longtemps, la neige est stabilisée.

4- Si la neige est dure, il n’y a pas de risque d’avalanche.

5- C’est une petite pente sans danger.

6- Dès que la neige fraîche s’est tassée, on peut y aller.

7- Arbres et arbustes constituent un élément de sécurité.

8- Les plaques de neige se reconnaissent facilement.

9- Il y a déjà des traces, c’est sûr.

10- On est sur une route, on ne craint rien.

11- Ca a tenu pour les premiers, ça tiendra pour les suivants.

12- C’est déjà descendu.

13- C’est un sommet sans avalanche.

14- Il n’y a pas d’avalanche en été.

15- Je suis diplômé, je connais la neige, je n’ai jamais eu de pépin, …

Quelques idées fausses sur la neige et les avalanches

1-    « Le froid consolide la neige. »

        Vrai mais pas toujours ! Lorsque le froid succède à une phase de redoux, il contribue à la stabilisation du manteau neigeux car l’eau liquide regèle. S’il s’installe aussitôt après une chute de neige, il maintient au contraire l’instabilité du manteau en ralentissant le tassement. Un froid persistant peut être à l’origine de formation de gobelets. Enfin, il n’empêche pas la formation, ni le déclenchement des plaques à vent, pas plus que les chutes de séracs (liées à la dynamique interne du glacier et non à la température).

2- « Quand il y a peu de neige, on ne risque rien. »

        Des hivers faiblement enneigés sont souvent plus meurtriers que des hivers à enneigement normal, car ils sont propices à la formation de gobelets, dangereux s’ils sont ensuite recouverte par une plaque. Il faut aussi tenir compte de phénomènes de transport par le vent. Enfin, quand la neige est rare, on va la chercher là où elle se trouve, dans les zones d’accumulation.

3-    « Il n’a pas neigé depuis longtemps, la neige est stabilisée. »

        Si le froid s’installe aussitôt après une chute de neige, le manteau neigeux se stabilise lentement et des pentes nord peuvent rester dangereuses pendant 8 jours ou plus. Quant aux plaques à vent, elles peuvent subsister longtemps après leur formation.

4- « Si la neige est dure, il n’y a pas de risque d’avalanche. »

        Et les plaques dures?

5- « C’est une petite pente sans danger. »

        Une plaque de 20 cm d’épaisseur se détachant sur 50 mètres de largeur et 10 mètres de hauteur représente un volume de 100 m3, soit un poids de l’ordre de 20 à 30 tonnes.

6- « Dès que la neige fraîche s’est tassée, on peut y aller. »

        Ce qui importe, c’est la liaison entre cette nouvelle couche et la sous-couche.
Variante : « Il faut attendre trois jours après une chute de neige pour qu’elle se stabilise ». Longtemps parole d’évangile, cette affirmation n’a aucun sens dans l’absolu car tout dépend des conditions météorologiques (température, vent) succédant à cette chute.

7- « Arbres et arbustes constituent un élément de sécurité. »

        Une forêt dense joue un rôle de fixation du manteau neigeux. Mais une avalanche exceptionnelle peut se déclencher au dessus de la limite forestière. Les mélèzes, qui poussent de façon clairsemée, ne sont pas une garantie de sécurité. Quant aux arbustes (rhododendrons, « arcosses »), s’ils sécurisent lorsque leurs pointes sont bien visibles, ils constituent un terrain privilégié pour la formation de gobelets. Leurs branches ralentissent le tassement des premières neiges, constituant une strate tendre qui peut évoluer en givre de profondeur.

8- « Les plaques de neige se reconnaissent facilement… »

        Certains disent même qu’elles sont d’apparence plus mate et qu’elles sonnent creux. Ce n’est pas aussi simple. Les plus dangereuses sont friables (donc pas dures). En outre, l’apparence mate n’est pas une condition nécessaire (la plaque peut être recouverte de neige fraîche) ni suffisante (une neige travaillée sur place par le vent peut avoir un aspect mat sans qu’il y ait plaque).

9- « il y a déjà des traces, c’est sûr. »

        Attention aux avalanches à retardement. Il se peut que les conditions aient évolué entre le moment où les autres sont passés et votre arrivée. Enfin, l’erreur est humaine et rien ne prouve que ces traces soient sûres. Les premiers ont peut-être eu une chance que vous n’aurez pas. Variante : « un chamois est passé par là ». Comparez votre poids avec celui d’un chamois et demandez-vous à quand remonte son passage.

10- « On est sur une route. »

        Une route constitue un replat dans la pente. Elle peut être un facteur de stabilité mais, lorsqu’elle est comblée par des avalanches, elle ne joue plus du tout ce rôle. Il faut tenir compte aussi de la nature du terrain et des pentes qui la dominent (couloirs).

11- « Ca a tenu pour les premiers, ça tiendra pour les suivants. »

        Peut-être le premier est-il passé en se faisant léger mais l’avalanche se déclenchera Si le deuxième fait un virage sauté, une conversion ou une chute. Les premiers peuvent ébranler la plaque au « bénéfice » de ceux qui suivent. Enfin, une plaque peut résister au passage de deux skieurs espacés mais céder si ceux-ci se suivent de trop près.
Variante : « ça a tenu à la montée, ça tiendra aussi à la descente », mais le temps a passé, la neige a évolué et les conditions ne sont plus forcément les mêmes. De plus, ne pas oublier que la contrainte exercée sur le manteau neigeux par un skieur peut être trois ou quatre fois plus forte à la descente qu’à la montée, surtout s’il skie brutalement ou s’il tombe.
Variante 2 : « on s’expose moins au risque d’avalanche à la montée ». Vrai si l’on considère que la contrainte exercée sur le manteau neigeux est moins importante mais enquête CAF 1993 = 50% à la montée…

12- « C’est déjà descendu. »

        Mais est-on bien sûr que tout est descendu et qu’il n’en reste pas ?

13-    « C’est un massif (ou un sommet) sans avalanche. »

        Par mauvaises conditions, des sommets ou des massifs à la réputation débonnaire comme le Beaufortain, le Dévoluy, le Vercors peuvent devenir dangereux.
Variante : « je n’ai jamais vu d’avalanches ici. »

14- « Il n’y a pas d’avalanche en été. »

        Pas plus qu’en automne ? Tout dépend des conditions nivologiques et météorologiques. En juillet 1964, une avalanche a provoqué la mort de quatorze alpinistes chevronnés à la sortie du couloir Couturier à l’Aiguille Verte. Début septembre 96, il y a eu huit morts par avalanche dans l’arc alpin à la suite d’importantes précipitations neigeuses accompagnées de vent. En juillet 2012, 9 morts dans une avalanche en versant N du Mont Maudit, sur la voie royale du Mont Blanc.

15- « Je suis professionnel (breveté, diplômé) », « je connais la neige , j ai fait des stages », « je n’ai jamais eu de pépin », « ça n’ arrive qu’aux autres » « donc je ne risque rien. »

Mais la montagne est-elle au courant ? Attention à l’excès de confiance en soi !